La gauche lance deux initiatives pour du logement abordable

La gauche lance deux initiatives pour du logement abordable
La gauche lance deux initiatives pour du logement abordable

Source: Tribune de Genève

Pénurie
Des entités sans but lucratif devraient fournir la moitié des logements neufs Les mesures proposées aggraveraient la pénurie, critique la Chambre immobilière.

La gauche veut réviser les règles du jeu en matière de construction de logements. Appuyés par les syndicats, les associations d’habitants de quartier et d’autres groupements, les trois partis de l’Alternative lancent cette semaine deux initiatives coordonnées. La récolte de signatures doit s’étendre jusqu’à la mi-juillet.

Le premier texte ordonnerait dans la loi que tous les terrains déclassés en vue d’accueillir du logement passent sous la catégorie des zones de développement, où l’Etat exerce un contrôle. Ce principe s’appliquerait tant que perdure la pénurie immobilière, définie par un taux de vacance inférieur à 2% (il était à 0,41% en 2015). «Il s’agit d’empêcher la majorité de droite de contourner les normes en déclassant en zone ordinaire, commente la députée PS Caroline Marti. La zone de développement implique notamment des densités minimales, la création d’un plan localisé de quartier (PLQ) qui garantit un aménagement cohérent et offre la possibilité d’exproprier cinq ans après l’entrée en force du PLQ.»

Une moitié de logements sociaux

Le second texte modifierait la typologie des habitations qui seraient autorisées en zone de développement. «Cette initiative vise à construire des logements correspondant réellement aux besoins de la population», résume la présidente des Verts, Lisa Mazzone.

Les normes en zone de développement sont aujourd’hui fluctuantes en fonction de l’origine du bien-fonds, différant s’il s’agit d’une ancienne zone agricole ou d’une zone villas reconvertie. L’initiative fixerait un minimum de 80% de logements voués à la location. Le total inclurait 50% de logements dits d’utilité publique (LUP, définis par un taux d’effort et d’occupation fixé pour un demi-siècle) et 30% d’habitations bon marché (HBM, dévolues aux catégories les plus modestes).

Des habitations sans logique de profit

En outre, 50% des logements devraient être réalisés par des maîtres d’ouvrage dépourvus de but lucratif (coopératives, fondations…). Cela n’implique pas forcément des subventions étatiques, selon la présidente du PS, Carole-Anne Kast, qui assure: «Sans apport externe, il est possible de fournir des logements de qualité coûtant de 3100 francs à 3800 francs par pièce et par an (ndlr: soit un loyer mensuel de 258 à 317 francs par pièce)».

«La pénurie est aujourd’hui criante, en particulier pour les classes populaires, dénonce Pablo Cruchon, d’Ensemble à Gauche. Ces dernières années, 48% des logements bâtis en moyenne ont été des villas individuelles ou des propriétés par étage. La gauche veut aujourd’hui reprendre la main.»

Milieux immobiliers hostiles

Pour la Chambre genevoise immobilière (CGI), ces mesures aggraveraient la pénurie. «On reviendrait à une ère de très fortes régulations, qui effraieraient les investisseurs, argue Christophe Aumeunier, secrétaire général. Les organismes sans but lucratif n’ont pas démontré leur capacité de construire.»

Pour celui qui est aussi député libéral-radical, il manque una analyse de la demande en logements pour fixer une typologie telle que voulue par la gauche. Le responsable estime en outre que le manque de terrains disponibles est le principal problème. Les représentants des coopératives tombent d’accord avec lui sur ce dernier point. (TDG)